.A travers Crisalide Industrie, nous avons pu accompagner les aventures entrepreneuriales d’Ekko ou Tessa industrie.
Ces deux entreprises illustrent cette tendance désignée par les concepts de Construction Hors Site ou industrialisation de la construction. Elles montrent aussi l’aire de jeu possible en développant des propositions de valeur différentes.

Ainsi la transition industrielle de la construction est riche d’enseignements. Elles croisent les parcours de plusieurs attentes et tendances d’un marché au cœur de notre quotidien.
Nous avons la chance d’être des Usagers de bâtiments à la recherche de qualité, de confort…
Le Bâtiment est au centre des préoccupations environnementales du fait du poids de la construction en termes d’émissions de Gaz à Effet de Serre tout au long du cycle de vie des construction : de la conception à la déconstruction.
Enfin compte tenu de la valeur économique et sociétale du foncier, des politiques publiques et réglementations, il est l’objet de nouvelles exigences réglementaires et surtout de nouvelles exigences des Maîtres d’Ouvrage.

Du proto à la vie série : nouvel horizon pour le bâtiment ?

Activité du prototype par excellence, pourquoi l’industrie viendrait-elle bouleverser ce secteur économique majeur qu’est le bâtiment ?

Plusieurs hypothèses courantes :

  1. les acteurs de la construction seraient enfermés dans un modèle économique et une culture qui laisseraient peu de place à l’innovation ?
    Non celle qui consiste à communiquer sur la nouveauté, mais bien l’Innovation qui génère de la Valeur. C’est à dire des gains de compétitivité, de la qualité et une proposition attractive pour les clients qui perçoit des gains tangibles de/à l’usage de cette solution innovante.
  2. les champs d’application du lean se sont étendus progressivement au-delà des seuls ateliers industriels avec des fortunes diverses (qui ne tiennent sans doute pas tant à la méthode qu’aux objectifs qu’elles servaient. Mais c’est sans doute un excellent débat qui prend sa place dans d’autres cercles).
  3. le paradoxe de l’industrie. On dit constater son recul, mais on constate que la culture de l’industrialisation (standardisation, personnalisation en série…) progresserait.

Métiers sous tension, effets ciseaux, risques de disruption…

On pourrait voir le secteur de la construction comme à la croisée de chemins. Un secteur à la merci d’un effet ciseau dévastateur voire exposé à des disruptions majeures : hausse du coût des matières premières (tendancielle : le cuivre ou conjoncturelle : le bois), des exigences croissantes voire « contradictoires » des Maîtres d’Ouvrage, un marché dynamique mais de moins en moins de bras, des performances environnementales et de la flexibilité d’usages…

Cette tendance est renforcée par plusieurs éléments : la difficulté à attirer et conserver des talents (l’attractivité des métiers est au cœur de projets tels que le Campus des Métiers & Qualifications du Bâtiment Durable Breton), les tensions d’un marché à la fois extrêmement atomisé, à la chaîne de valeur morcelée, mais aussi dominé par des acteurs internationaux, soit en termes de fabrication ou de distribution de matériaux ou d’équipement (de Lafarge Holcim à St-Gobain) soit en termes de Construction Générale (Eiffage, Vinci…).

CQD, des piliers revisités par le Hors Site

Un micro-trottoir mené au sujet de l’expérience clients des consommateurs vis-à-vis d’opérations de rénovation ou de construction rapporterait très certainement des retours instructifs. Les plus cyniques diraient que les professionnels du bâtiment bénéficient de conditions favorables malgré des expériences clients très hétérogènes. Primo leurs clients font rarement appel à leurs services (on construit ou rénove moins fréquemment un bien immobilier que beaucoup d’autres biens) et l’atomisation de la profession permet de réduire les risques de réputation négative (si l’on compare avec d’autres biens plus courants).

Jusqu’alors, et la digitalisation de la relation clients bouscule cette situation, la pression quant au respect des Coûts, des engagements en termes de Qualité et de Délais ne sont pas homogènes.

Ainsi plusieurs champs s’ouvrent aux acteurs : la digitalisation accrue du parcours client pour optimiser et prolonger une expérience client positive. C’est par exemple le choix des nouveaux acteurs de l’immobilier tels Purple Bricks ou les Agences de Papa qui explorent la digitalisation de la transaction. C’est au cœur de la stratégie des Finistériens de Trecobat qui ont développé une nouvelle offre de services autour de Nestor Ma Maison & Moi qui activent des ressorts originaux pour améliorer et développer la relation client.

Et c’est enfin un axe complémentaire que le choix du Hors Site et de la préfabrication. Inspiré par les principes de l’industrialisation, optimisés pour la production des biens de consommation courante (le lean et les XPS, la production de l’unitaire en série…) de nouveaux acteurs développent des concepts qui permettent de renforcer la maîtrise du triptyque Qualité / Coûts/ Délais.

Quand performance économique et intérêt des clients convergent

En effet la préfabrication d’éléments constructifs en 2D ou 3D permet de réaliser des gains significatifs en termes de qualité de mise en œuvre (et donc de performances en cycle d’exploitation), de réduire les aléas du chantier, d’assurer une supply chain performante et à moindre impact environnemental. Or le secteur de la construction est marqué par l’absence relative de gains de productivité, l’inflation des litiges…

Les gains de productivité par secteurs

Ainsi l’approche vient bouleverser la vision de la création de valeur : dans l’approche conventionnelle, la valeur est générée sur chantier. Avec l’industrialisation, les repères évoluent et les acteurs font le pari d’un nouveau modèle de création de valeur : en 2 à 4 mois, 90% de la valeur est générée en dehors du site de livraison.

Faibles gains de productivité, marges faibles…

Les pionniers du hors site appliquent les principes de l’industrialisation. Les gains de productivité ont permis la démocratisation d’objets complexes. Ces approches ont contribué à la diffusion de l’automobile et de l’aéronautique. Les acteurs de la construction les appliquent très peu jusqu’alors.

  • la recherche systématique de la Maîtrise des achats et des effets volume
  • l’optimisation de la Conception (avec le levier du BIM) et l’intégration de sous-ensembles
    (vs composants)
  • la Commonalisation ou la mutualisation de sous-ensembles invisibles pour le client final.
    « Mutualiser ce qui ne se voit pas, personnaliser ce qui se voit »
  • les Stocks optimisés (réduire à la seule approche 0 stock serait un grave contresens 😉
  • Amélioration continue de la qualité des produits et de l’organisation. Notamment à travers l’adaptation/la transposition du lean manufacturing aux métiers de la construction.

Construire le leviers de la performance opérationnelle

Enfin, pour atteindre les 60% de gains attendus, les acteurs devront actionner des leviers bien connus des industriels. Proposer de nouvelles approches de la conduite de projet : si la préfabrication permet la différenciation retardée, elle n’autorise pas de modification après lancement de la commande (et n’induit plus de ‘Travaux Supplémentaires’). Sortir de la culture de l’ouvrage unique pour développer l’unitaire en série et une capitaliser sur les retours d’expériences. Développer la pratique du contrôle en cours de fabrication et non plus à la livraison. Sans intempéries, sans défauts sur chantier, la perspective de maîtrise de la qualité et des délais n’est plus une option. Et livrer plus vite : l’efficacité de la supply chain est aussi un levier de performance économique supérieure.

D’après McKinsey, The next normal in construction