Le renouveau de la filière textile en France est un enjeu important. De nombreux labels se sont mis en place pour valoriser les initiatives économiques et éco-responsables : France Terre Textile, Gots, Oeko-Tex et autres signes de qualité des produits.

Depuis son apogée dans les années 50, l’industrie textile subit un désintérêt et une fuite de l’outil de production vers des pays dont le coût de main d’œuvre est bien moindre. Cependant, depuis quelques années, fort d’un dynamisme technologique et d’un cadre réglementaire poussant à plus de responsabilités sociale et environnementale, la France voit les initiatives fleurir.

Les ateliers de production, qui se multiplient dans toutes les régions, ont besoin de reconstruire une chaîne de valeur locale et structurée pour accélérer et se développer. Les entreprises textiles, principalement assises sur des marchés de niche, sont prêtes à diversifier leurs activités sur les trois grands métiers : la fabrication du textile, l’habillement, le cuir et la chaussure.

Un secteur en mouvement

Les pistes de diversification sont nombreuses. La production de déchets textiles est importante et moins de 30% du gisement (600 000 tonnes par an) est aujourd’hui pris en charge par les entreprises de collecte et de recyclage. Cela laisse libre cours aux initiatives en matière de transformation pour une seconde vie ou de réutilisation des fibres comme matières premières. Au-delà des opérations de recyclage, des innovations importantes impactent le monde du textile. L’apparition des tissus technologiques à destination des applications médicales, militaires et industrielles font leur apparition sur le marché.

Bien que les politiques d’achats se recentre progressivement sur des produits mieux disant sur les aspects sociaux, sociétaux et environnementaux, les industriels ont besoin de trouver des solutions innovantes pour réduire les coûts de production. La capacité des entreprises françaises à optimiser les process, produire plus vite et juste à temps en réduisant l’impact environnemental et le bilan carbone en font des atouts de compétitivité non négligeables.

La loi anti gaspillage de 2018 et la loi AGEC 2021 imposant la traçabilité des matières premières vont aussi favoriser l’essor de la filière. Le déficit en compétences spécialisées disparues pendant les dernières décennies reste à combler. Cela pourra contribuer à maintenir l’emploi dans des zones reculées du territoire et limiter notre délégation de CO2 à des pays moins performants.

La collecte, le tri et la transformation des déchets à optimiser

Moins de 15% du gisement textile sont aujourd’hui destiné à des filières de valorisation et sont essentiellement pris en charge par le Relais. La part de déchets non valorisés reste importante. Sa réduction nécessite une modernisation des outils industriels destinés à l’identification des matières et aux opérations de tri qui ne pourront évoluer qu’à condition de débouchés plus importants et principalement locaux. La filière FIREX (filière industrielle de recyclage des textiles) vise à valoriser le recyclage et le réemploi de la matière textile et à faciliter l’éco-conception. L’éco organisme Refashion (TLC) et le Centre Européen de Textiles Innovants (CETI) participent à l’innovation et à la valorisation des textiles à destination de nombreuses applications dans divers secteurs comme le BTP, la santé, la défense ou l’industrie aéronautique ou automobile. En Bretagne, Le Relais a par exemple développé l’isolant Métisse fabriqué à base de jeans usés.

L’industrie 4.0 au service de la filière textile

Les outils de l’industrie 4.0 éprouvés dans d’autres filières industrielles pourront apporter des solutions techniques pour mieux appréhender une demande plus forte, lorsque les filières seront structurées. A l’image de la société LECTRA spécialisée notamment dans les outils de gestion des coûts et de découpe, les outils numériques, les machines robotisées et les objets connectés. Ces avancées technologiques peuvent contribuer fortement à l’optimisation des process de production. La société LAROCHE propose également sa maîtrise des process textiles et des lignes de production pour le recyclage, la préparation des matières textiles, thermoliage etc… Les équipementiers nationaux sont prêts à suivre l’émergence de nouvelles filières dans le domaine et à contribuer à une réindustrialisation locale.

La Bretagne n’est pas en reste

Des innovations sont présentes sur tout notre territoire mettant en valeur les voies de diversification possibles et les initiatives pour créer de l’emploi.

NORET se lance dans le vêtement cycliste et compte se diversifier dans l’athlétisme. Ce site de production de 50 salariés, unique en France, a su gagner des marchés de niche et créer des emplois en Bretagne.

TECKNISOLAR SENI, laboratoire de recherche dans le traitement du signal et KERDIER, spécialisée dans la conception, la création et la fabrication de vêtements techniques haut de gamme, propose des solutions de tissus connectés et autonomes pour le domaine militaire et le domaine médical. Ces deux entreprises Malouines se sont rapprochées, en 2018, pour développer un nouveau segment de marché en France et à l’international.

ARMOR LUX se rapproche d’une startup finistérienne, E-mage-in 3D, pour créer une combinaison intelligente réduisant les troubles musculo squelettiques des salariés. Une innovation présentant des débouchés importants dans l’industrie.

3D TEX à Saint Malo mise sur l’industrie 4.0 pour produire des pulls avec un process de tricotage automatisé en 3D sans couture ni déchet. Son investissement dans l’industrie du futur lui permet de rivaliser avec les producteurs Marocains et Turques tout en proposant une offre écologique.

DALMARD Marine, sur  le marché des cabans depuis près d’un siècle, lance son service de recyclage. De nouveaux produits à base de laine sont ainsi commercialisés à partir de cabans retournés par les nombreux usagés en Bretagne.  Un modèle vertueux où le consommateur bénéficie d’un bon d’achat en contrepartie de son geste environnemental.

ATELIER DES LOISIRS, candidat Crisalide Industrie 2021, optimise son outil de production pour développer de nouveaux marchés dans le secteur de l’aménagement et la rénovation textile des hébergements de loisirs.

Guy Cotten a développé le textile innovant DremtechLa Touche Française avec des tricots fabriqués à Plérin dans les côtes d’Armor….

Un contexte favorable à un fort développement

L’industrie textile peut gagner en productivité et en compétitivité. Elle a su se diversifier pour surmonter la crise et développer de nouveaux marchés. Le recyclage, le réemploi et le remanufacturing n’en est qu’à ses débuts dans le monde du textile. Des activités surement plus respectueuses de l’humain et de l’environnement dans un esprit de circuits courts et plus durables, devraient encore émerger dans le panorama de l’industrie textile.

Sources :

Industrialiser le recyclage des tissus – L’usine nouvelle

L’économie circulaire, on en parle – SNCF

Bretagne Economique – Rubrique Textile

Le réveil du textile en Bretagne – Le haut de gamme prend la mer