La lutte contre les gaspillages (loi Agec), la réduction des déchets à la source, leur tri et leur valorisation ne font plus aujourd’hui l’objet de débat. La législation et les initiatives individuelles ou industrielles ne manquent pas pour démontrer que cette transition écologique est en marche. Le décret n° 2016-288 du 10 mars 2016 fait également obligation aux producteurs et détenteurs de déchets (entreprises, commerces, administrations…) de trier à la source 5 flux de déchets (papier/carton, métal, plastique, verre, bois).

 

D’une économie linéaire à une économie circulaire

Le flux des plastiques est historiquement très linéaire, d’une matière première étroitement liée à la pétrochimie jusqu’à la mise en déchetterie de nos objets plastiques en tous genres. Cette vision linéaire n’est plus acceptable.

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Un écosystème en transition

La crise énergétique à venir et nos obligations collectives à réduire notre empreinte carbone, poussent naturellement tous les acteurs de cette filière à prendre des décisions importantes dans la gestion de la chaîne de valeurs. Une chaîne de valeurs qui tend à se circulariser dans un esprit de Responsabilité Sociétale et Environnementale.

 

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Des opportunités s’ouvrent alors aux industriels dont la diversification de leurs activités est, par ailleurs, un enjeu économique fort. Vient également se greffer à ces activités industrielles, des structures associatives et sociales de proximité, visant à accélérer cette transition. Un écosystème industriel nouveau se met en place progressivement. Dans le cadre de la révision en cours de la Directive Européenne « Emballages et déchets d’emballage » et les engagements pris en 2019 autour de la «Circular Plastics Alliance », les acteurs Européens majeurs se sont déclarés favorables à l’obligation d’incorporer 30% de matières recyclées à l’horizon 2030.

Des innovations possibles à tous les niveaux du cycle de vie

Pour réduire nos déchets plastiques, il convient d’agir sur l’ensemble du flux de transformation, du sourcing de nouveaux plastiques plus écologiques jusqu’au recyclage et ré-usage des matériaux en fin de « première » vie. Il s’agit de transformer, à la fois, nos habitudes de consommation, la chaîne logistique globale et les outils de production industriels

Le réemploi, alternative au traitement des déchets

La valorisation des déchets est un enjeu fort. Mais nous ne devons pas oublier qu’un objet plastique, avant de devenir un déchet, peut préalablement espérer une seconde vie. Le consommateur final que nous sommes tous est donc bien un acteur majeur de la filière. Les initiatives de réemploi sont nombreuses, à l’instar du chantier d’insertion Ti jouets dans le Finistère pour le recyclage et la valorisation des jouets. Il ne tient qu’aux usagers de bien définir la destination de ses biens non utilisés.

Développement de bioplastiques ou plastiques bio sourcés

Une utilisation progressive de bio plastiques écologiques est également prévisible ne nous dédouanant pas, bien sûr, d’une bonne gestion des déchets. Par exemple et parmi de nombreuses innovations, la société Polymaris développe une production industrielle de biopolyester à partir de microorganismes marins. Ce projet est soutenu dans le cadre du plan de relance et de l’appel à projets “soutien à l’investissement industriel dans les territoires”. Deux industriels, Pak et Lego, misent eux, sur des polymères végétaux pour remplacer les polymères d’origine fossile. Cependant, ces plastiques biosourcés, ne sont pas la solution unique aux enjeux environnementaux posés par l’emballage aujourd’hui. Il est d’ailleurs nécessaire de bien comprendre les enjeux de la biodégradation qui, pour les plastiques bio sourcés, peuvent être de longue durée. La pratique du compostage est, par ailleurs, peu circulaire. Elle atténue peu le besoin en matière première de première vie.

Tri et collecte

La collecte et le tri présente un des enjeux majeurs pour réussir cette transition. La production mondiale atteint un volume considérable, notamment pour les emballages, qui ne laissent pas espérer une réduction rapide de nos usages.

Des investissements massifs ont lieu, sur nos territoires, pour améliorer la qualité des collectes et les process de tri. Les produits du tri, de plus en plus sélectif, peuvent être alors utilisés, pour une grande part, dans la fabrication de nouveaux produits dans l’industrie de la plasturgie. A titre d’exemples, e-Tribord, spécialiste du traitement des déchets en Bretagne, ouvre son nouveau centre de tri dédié aux plastiques rigides. C’est également une création d’emplois inclusifs sur le territoire. Dans l’Eure, c’est l’innovation technologique qui rend possible l’amélioration de la qualité et des volumes de tri. Les collectivités locales de Guichainville ont investi plus de 16 M d’euros pour une unité de tri ultra performante pour fournir les industries de la valorisation.

Innover pour incorporer les déchets dans les process industriels

Le recyclage est un des enjeux majeurs de la plasturgie (Dossier ADEME 2021). C’est un levier important pour réduire la consommation de ressources naturelles, d’énergie mais également pour sécuriser les approvisionnements. Le rachat de la société Actiplast, spécialiste du PVC , par le groupe Paprec, spécialiste du traitement des déchets, illustre bien les synergies possibles et souhaitables entre ces deux secteurs. La qualité des MPR (Matière Première Recyclée) étant de mieux en mieux maîtrisée par les opérateurs du recyclage, l’industriel peut envisager d’améliorer son taux de MPR dans ses produits finis. C’est le cas de l’entreprise Knauf Industries dans le Morbihan qui, dans le cadre de sa politique RSE et son programme Knauf Circular, entend accélérer fortement l’incorporation des déchets locaux en Polystyrène Expansé dans certaines de ses productions.

A noter que la filière plastique doit, pour développer sa stratégie en terme de matière recyclée, organiser les flux logistiques MPR sans pour autant alourdir le bilan carbone lié au transport. Les matières recyclées, aux densités souvent faibles, nécessitent un pré traitement à la source pour réduire les volumes convoyés. S’adosser à des structures dédiées à la création d’emplois aidés et locaux pourraient être un levier intéressant pour opérer une massification nécessaire des flux.

Créer de la valeur par l’innovation

Il existe également des initiatives bretonnes visant à utiliser des déchets plastiques pour une valorisation en dehors de la filière industrielle historique. L’Atelier Rehab transforme les déchets plastiques, dont une partie provient de l’océan, en objets décoratifs et mobiliers. Fil et Fab a mis en place un écosystème local pour retraiter les filets de pêche et produire une matière polyamide recyclée à destination des professionnels de l’horlogerie, l’optique ou encore l’impression 3D.

La filière devra compter sur l’ensemble de ces nouvelles technologies, bonnes pratiques ou nouvelles organisations, pour rendre plus durable notre consommation de plastiques à laquelle nous ne saurons renoncer totalement. Toutes ces initiatives sont à favoriser pour atteindre les objectifs de réduction drastique de la consommation en ressources pétrochimiques.

 

Sources :

Polymaris innove, investit et pousse ses murs – Biotech Santé Bretagne

Avec Actiplast, Paprec prend pied dans la formulation plastique – L’Usine Nouvelle

Ce que nous apprennent les brevets sur l’innovation dans les plastiques et sur les acteurs engagés – L’Usine Nouvelle

Les fabricants de plastiques favorables à l’imposition de 30% de matières recyclées dans les emballages – L’Usine Nouvelle

Dans l’Eure, un centre de tri ultramoderne augmente les capacités de recyclage – Le Parisien

Emballage en plastiques biosourcés et compostables. Est-ce la solution ? – CITEO

Bioplastiques compostables – Zero Waste

Le plastique rêve d’un avenir biosourcé – L’Usine Nouvelle

Un nouveau centre de tri dédié aux plastiques rigides – Tribord